L’Oasis de Serendip comporte une composante fondamentale autour de la pédagogie, en lien avec la nature et l’agriculture. Et pour cause, une bonne partie des personnes qui sont au cœur du projet ont des enfants, et cherche à questionner l’idée d’éducation afin de leur apporter les outils nécessaires à leur construction, leur émancipation, leur bonheur.

Cela dit, un certain nombre de problèmes pratiques se posent ! En effet, construire une utopie comme l’Oasis, en parallèle d’activités plus ou moins rémunératrices, en essayant de se rendre disponibles pour ses enfants, et pourquoi pas s’épanouir dans une relation de couple !… ça fait beaucoup.

La question est particulièrement aiguë à propos des jeunes enfants qui, pleins d’enthousiasme et de soif de découvrir, requièrent néanmoins beaucoup de disponibilité et de vigilance. Nous avons souvent été amenés, par préférence, par hasard ou par nécessité, à ne pas opter pour un « mode de garde » classique, dans une crèche collective par exemple ; à titre personnel, je considère qu’un enfant en bas âge n’est pas du tout préparé à la vie en compagnie de plusieurs dizaines d’autres enfants – même s’il s’adapte admirablement bien à tout ce qu’on lui propose.

Depuis le début 2016, nous avions commencé à expérimenter une « garde partagée » des enfants à l’Oasis, entre deux foyers se confiant mutuellement un enfant. Nous renouvelons l’expérience depuis le mois de septembre avec une troisième famille, avec des enfants de 9 mois, 2 ans 1/2, 2 ans 3/4. Il s’agit tout simplement de s’occuper des trois enfants à tour de rôle, une journée par semaine pour chaque foyer, souvent dans des lieux différents, puisque tout le monde ne réside pas à l’Oasis.

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Le fonctionnement ressemble à ce que serait une toute petite « crèche parentale », à ceci près qu’aucun-e professionnel-le n’assure de suivi ou de soutien. De fait, on constate en pratique qu’il peut être utile de se faire aider lors des moments « critiques » de la journée (repas, sieste) ; ce qui n’est en général pas trop difficile, surtout si la garde a lieu à l’Oasis. Et puis, l’absence de cadre « standardisé » peut parfois être déroutante, puisque tous les parents n’ont pas le même comportement, le même niveau d’exigence vis-à-vis de tel ou tel aspect des soins aux enfants. Nous nous efforçons de nous occuper des petits comme leurs propres parents le feraient, mais il évident qu’un certain décalage persiste, qui fait pour une part l’intérêt de ce système, mais qui en constitue aussi une limite. Cela suppose de prendre du temps pour discuter entre parents de ce qui nous convient et de ce que nous ne souhaitons pas ; nous sommes à peu près arrivés à le faire au début, mais honnêtement, nous ne prenons plus tellement le temps de refaire le point sur notre fonctionnement.

Car d’un autre côté, un aspect très agréable de ce système est sa légèreté, sa flexibilité : coût nul, absence de paperasse, possibilité d’ajuster en cas d’imprévus, etc. Naturellement, cette flexibilité peut parfois être « subie », sous forme de manque occasionnel de fiabilité, mais le bilan semble pour autant très positif en termes de facilité de mise en œuvre.

Il est intéressant de constater que cette légèreté ne trouve pas toujours d’écho dans les structures destinées à la petite enfance que nous fréquentons – avec bonheur et assiduité ! Notre statut, en quelque sorte intermédiaire entre parents au foyer et assistantes maternelles[1], déroute souvent les ateliers pour enfants, qui sont généralement destinés soit aux uns, soit aux autres, mais pas à des parents qui gardent les enfants des copains. Il faut donc parfois jouer un peu des coudes pour faire accepter la spécificité de notre organisation ; le plus stupéfiant dans les réserves qui sont émises par ces professionnel-le-s est qu’elles ne prennent quasiment pas en compte l’opinion des enfants – qui eux, sont aux anges.

Car du côté des enfants, notre petit dispositif semble idéal ! Ce qui est précieux, c’est surtout les relations d’amitiés qui ont commencé à se nouer, essentiellement entre les deux plus grands, et puis entre les enfants et les différents parents. Le fait de changer de lieu ne semble pas poser de problème, au contraire. Il suffit de voir mon fils pleurer pour ne pas partir de l’Oasis après une journée épuisante à courir et jouer avec les autres enfants, pour comprendre qu’il trouve là quelque chose qui lui fait défaut à la maison ! Pour le plus petit des trois enfants, cela semble un peu plus mitigé : on sent que c’est parfois un peu long pour lui de passer la journée sans ses parents, même si on partage tout de même de très beaux moments avec lui.

Ce système de « garde partagée » ne concerne que 3 jours par semaine, et peut donc être qualifié « d’appoint », charge à chaque famille de s’organiser pour les autres jours (nounou, conjoints, etc.). Mais quand on est parent de jeunes enfants, on apprend à trouver précieux de pouvoir compter sur des moments, aussi rares soient-ils, où il est possible de prévoir des chantiers, rendez-vous, repos, etc.

En parallèle, s’occuper de trois enfants en bas âge est source de beaucoup de joie, tant que cela reste occasionnel ! Car c’est un peu sportif tout de même, les jours où ils sont mal lunés, ou bien la gestion de plusieurs « cacastrophes » simultanées, par exemple…

J’ai constaté que ma frustration, en tant que parent, provient souvent de la difficulté à faire coexister les soins aux enfants avec des activités personnelles ou professionnelles, et ce de manière ininterrompue. Lorsque les trois enfants sont là, il n’est plus question que d’eux, la disponibilité de la personne en charge est totale, et la frustration bien moindre.

Il est difficile de prédire le futur de ce petit « arrangement » lorsque les enfants grandiront, quand certains iront à l’école, etc. Peut-être chercherons-nous à continuer en intégrant d’autres familles ? Le nombre de 3 foyers semble une taille correcte : je ne me verrais pas gérer quatre marmots ou plus, et s’il fallait faire participer plusieurs adultes, le système s’alourdirait, sans pour autant libérer plus de temps.

Quoi qu’il en soit, ce système de garde partagée m’a déjà beaucoup apporté, en termes de temps libre, mais aussi en termes d’estime de soi (me rendre compte que je suis capable de gérer trois enfants! [2]), et aussi d’émancipation de mon fils. Et puis, j’apprécie beaucoup de tisser des liens avec d’autres familles, pour m’aider à comprendre ce que signifie, justement, cette idée : la famille. Dans un certain sens, nous aimerions que l’Oasis soit une grande famille, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Pourquoi m’est-il si évident d’aimer mon enfant, qu’est-ce qui est différent avec les enfants des autres ? Voilà en tout cas une des choses qui me fait apprécier l’Oasis : ce sont les enfants qui nous font avancer !

Martin

[1] Ç’aurait été si compliqué d’appeler cette fonction, par exemple, « assistant-e parental-e » ? On essaie de pondre un terme technique alambiqué pour faire plus sérieux que « nounou », et on fait encore dans le sexisme… S’occuper des enfants est manifestement, encore et toujours, obligatoire pour les femmes, et interdit pour les hommes !

[2] Quand des gens me croisent avec les trois enfants, les regards et réflexions sont généralement admiratives, ou encourageantes ; si c’est une maman qui se promène avec trois enfants en bas âge, les gens se disent plutôt « la pauvre ! », ou bien « elle n’a pas chômé, celle-là ! »…

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